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Fraude à la Société Générale : Le scénario de la direction est-il crédible ?

La Société Générale détient depuis cette semaine le record peu convoité de la plus grande fraude financière jamais commise à ce jour contre un établissement financier avec un préjudice qui avoisine les 5 milliards d'euros. Pour Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, il s’agit d’une « fraude inouïe ». Daniel Bouton, PDG de la Société Générale, parle de « malchance au carré ». Mais pour nombre de professionnels des marchés, la fraude qui a touché la Société Générale est tout simplement « incompréhensible » lorsque l’on connaît la réputation de sérieux et de compétence des équipes de gestion des risques de cette banque.



Fraude à la Société Générale : Le scénario de la direction est-il crédible ?
Selon la direction de la Société Générale, un trader isolé, Jérôme Kerviel serait à l'origine de la perte de 4,9 milliard d'euros. Il aurait déjoué les mécanismes de contrôle mis en place par la banque et misé des sommes colossales sur les marchés des futures sur indices actions. La banque a déposé plainte, dès jeudi 24 janvier, auprès du Parquet de Nanterre pour "faux en écriture de banque, usage de faux et atteinte au système de traitement automatisé des données" contre son employé.
Il est difficile de comprendre comment la bonne connaissance du système et des processus de contrôle par un trader peu scrupuleux a pu aboutir à une fraude financière d'une telle ampleur.

Cet article n’a pas pour objectif de « tirer sur l’ambulance » mais plutôt de susciter le débat parmi les lecteurs de cette communauté de professionnels de l’informatique ou de la finance. Compte tenu de la gravité de la fraude et de ses conséquences potentielles sur l'avenir de la Société Générale, toute personne un peu curieuse du sujet doit pouvoir comprendre les éléments de cette affaire et percevoir les enjeux d’une telle fragilité.

Avant toute analyse, je vais résumer les éléments du scénario que nous propose la direction de la Société Générale pour expliquer cette fraude hors du commun :
- Elle serait le résultat d'un acte isolé dont la responsabilité revient à un jeune trader de 31 ans, Jérôme Kerviel. Selon la banque, le trader aurait "pris des positions directionnelles frauduleuses courant 2007 et début 2008 allant bien au-delà des limites faibles qui lui avaient été attribuées". Pour Daniel Bouton, cet employé "a construit une entreprise dissimulée dans notre salle des marchés, une entreprise dans l'entreprise".
- Le jeune trader intervenait sur les marchés des dérivés actions et négociait des contrats futures (contrats à terme) sur indices boursiers européens. En clair, cela signifie que son travail consistait à prendre des paris (pour couvrir un portefeuille d'actions ou à des fins spéculatives) sur la hausse ou la baisse d'un indice boursier en utilisant de l'effet de levier. Sur ces contrats, chaque point d'indice possède une valeur monétaire qui permet de calculer facilement et à tout moment la valeur des positions à partir du niveau de l'indice cible du contrat.
- Le trader a pu échapper aux contrôles en couvrant ses positions frauduleuses par des positions fictives de sens inverse. Une fois les positions globalisées, le solde de ses positions se situait en-dessous du seuil d'alerte de la banque.
- En utilisant cette technique, Jérôme Kerviel a échappé pendant plus d'un an aux différents contrôles (informatiques et humains) de la Société Générale. Ses précédentes fonctions au sein du back-office lui permettaient de connaître la nature et la périodicité des contrôles. D'après la direction, il a pu les anticiper car "les ordres étaient effacés et remplacés par de nouveaux" avant chaque contrôle.
- Bien que les fraudes se soient déroulées sur plus d'une année, les positions massives et frauduleuses de Jérôme Kerviel n'ont été découvertes que le vendredi 18 janvier "lors d'un contrôle de routine". Les équipes de la salle de marchés ont rapidement mesuré l'ampleur de la perte durant le week-end et ont pris la décision de liquider l'ensemble des positions les lundi et mardi suivants au pire de la crise boursière accentuant le mouvement de baisse sur les marchés actions au risque de provoquer un mini-krach boursier.

Cette théorie de la défaillance interne est particulièrement surprenante, la Société Générale étant connue et citée en exemple pour avoir investi de façon massive et continue dans ses applications de suivi des risques afin de conserver sa capacité d’innovation dans un secteur financier en complexification croissante. Au niveau des effectifs affectés au contrôle des risques, l'investissement a lui aussi été significatif : « 2.000 collaborateurs sont dédiés à la maîtrise et au contrôle permanent des risques » d’après le site web de la Société Générale. La théorie du trader isolé tenant en échec une telle armée de spécialistes dotés d'un équipement informatique de pointe serait digne d'un scénario hollywoodien.
Jusqu'à aujourd'hui, ce type de fraude, possible à l'époque de la chute de la Barings, était réputée impossible compte tenu de la mise en oeuvre de nouvelles normes prudentielles (dites « Bâle II »). En effet, le respect de ces normes a obligé, ces dernières années, toutes les banques à investir des sommes considérables dans des progiciels spécialisés et des data warehouses financiers pour se protéger de telles déconvenues. Dans la mesure où il entame durablement la réputation de la victime, le scénario de la défaillance interne décrit par la direction de la Société Générale est le cauchemar de tous les établissements bancaires. Aussi les agences de notation financière se sont empressées de dégrader d’un cran la note de solidité financière de l’établissement ce qui l’obligera à payer plus cher les fonds qu’elle empruntera à l’avenir sur les marchés.

Au-delà de la surprise, il est utile de se demander comment aucune des procédures de contrôle de la banque n’a révélé pendant plus d’un an les positions massives et non autorisées d’un jeune trader, aussi astucieux soit-il.

Pour commencer, il faut savoir que les marges de manœuvre d'un trader sont habituellement limitées et que ses positions sont surveillées quotidiennement par des équipes de "contrôle des risques" et par les équipes post-marchés (middle-office et back-office). En premier lieu, un trader ne peut pas prendre de positions sur n'importe quel marché. Le "desk de trading" auquel il appartient se limite à certaines opérations sur des actifs bien définis (actions, devises, produits de taux, dérivés de crédit, ...). En second lieu, la taille de ses positions est limitée informatiquement en fonction de son expérience et sa connaissance des produits. Les différents desks de trading, assurant l'interface entre la banque et les différents marchés, constituent les équipes de front-office de la salle de marchés. Le travail d'un trader consiste à prendre des positions sur les marchés pour le compte de clients ou pour le compte de la banque (on parle d'opérations pour compte propre). Ces opérations sont enregistrées informatiquement dans un "book de trading". A la suite des opérations du front-office, d'autres équipes se chargent de la validation des opérations de marché (équipes du middle-office) et de leur enregistrement comptable (équipes du back-office). Cette chaîne de traitement des opérations est normalement rendue transparente grâce à l'utilisation massive des technologies informatiques qui permettent une intervention rapide des équipes de contrôle des risques. Ces dernières procèdent régulièrement à cinq niveaux de contrôle (risque de crédit, risque de marché, risques structurels, risque de liquidité, risque opérationnel) afin de vérifier la conformité des opérations.
Selon Christian Noyer, "la fraude a été faite sur des choses relativement simples, des grands marchés, des indices boursiers (...) C'était la méthode de fraude qui était extrêmement sophistiquée qui a réussi à défier cinq barrières de contrôle interne du système de défense de la Société Générale".
En l'état actuel des connaissances, les motivations de Jérôme Kerviel restent obscures car il n'a pas a priori profité de son forfait. Il n'a passé aucun ordre pour le compte de tiers mais a utilisé au-delà des limites autorisées les fonds de son employeur. Contrairement aux positions prises pour le compte des clients, les positions pour compte propre sont garanties par les fonds propres de la banque d'où une surveillance extrême de ces opérations par les équipes en charge de l'évaluation des risques. Le book de trading pour compte propre d'une banque, comptant habituellement quelques milliers de lignes, est certainement le plus surveillé de tous. Ce jeune homme a décidément le goût du risque ... mais il y a encore plus étonnant.

Les professionnels des marché s'accordent à penser que, pour atteindre de tels montants de perte, les positions frauduleuses de Jérôme Kerviel devaient se situer entre 40 et 50 milliards d'euros, soit plus que la capitalisation boursière de la Société Générale. S'il a eu recours à des positions "fictives" de sens inverse, elles ont dû elles aussi s'élever à des montants équivalents. Il est surprenant que de telles positions n'aient éveillé aucun soupçon pendant tant de mois à l'intérieur de la banque, comme à l'extérieur.

Contrairement aux marchés de gré à gré (où la transaction est conclue directement entre le vendeur et l'acheteur), le marché des futures actions a la particularité d'être un marché organisé ; c'est à dire que les transactions passent par une bourse ou une place de marché. Pour passer ses transactions frauduleuses, il est vraisemblable que Jérôme Kerviel utilisait les services d'une place de marché (tel que ClearNet) respectant les principes de marges, d'appels de marge et de chambre de compensation.
Pour chaque opération d'achat ou de vente effectuée sur un marché organisé par leur front-office, les équipes post-marchés reçoivent rapidement un avis d'opéré électronique qui récapitule l'ensemble des caractéristiques des ordres qui ont été exécutés. Chaque avis d'opéré doit être rapidement rapproché avec les ordres passés par les traders afin de valider et d'enregistrer comptablement les transactions. Bien entendu, seules les opérations "réelles" donnent lieu à des avis d'opérés. Une transaction fictive insérée frauduleusement dans un "book de trading" ne peut, en toute logique, être rapprochée avec un avis d'opéré et ne peut donc être comptabilisée. En l'absence d'avis d'opérés pour de nombreuses positions de Jérôme Kerviel, on peut se demander comment les équipes middle-office et back-office de la banque n'ont pas détecté la supercherie dès ses premières tentatives de fraude.
De plus, ces marchés électroniques calculent tous les soirs des appels de marge à l'attention des acteurs ayant des positions ouvertes. Ces appels de marges correspondent à un versement obligatoire de fonds supplémentaires auprès de la chambre de compensation pour couvrir d'éventuelles pertes sur les positions ouvertes. En l'absence de versement le lendemain de l'appel, les positions non couvertes sont automatiquement liquidées. Or, les positions de Jérôme Kerviel ont été maintenues. Fort de ce constat, on peut se demander si la Société Générale a couvert jour après jour et pendant une année les positions hors-limites de son trader sans se rendre compte de la fraude.

Tous ces éléments discordants nous amènent à penser que, si le scénario de la direction est avéré, on ne pourra plus parler de "malchance au carré" mais plutôt d'incompétence au carré car toute la chaîne de traitement des opérations financières de la banque se révélerait défaillante. La mise en évidence des faiblesses du système de contrôle par une fraude de cette ampleur pourrait causer de sérieux dégâts collatéraux. La validation du scénario de la défaillance interne remettrait en cause non seulement le calcul du résultat de la banque pour cet exercice mais surtout les gains sur les marchés réalisés par la banque au cours des exercices précédents. Les 5,2 milliards d'euros de résultat net réalisés par la Société Générale en 2006 sont-ils aussi fictifs que les positions de Jérôme Kerviel ? Ont-ils été comptabilisés par les mêmes équipes et selon les mêmes procédures de contrôle qu'aujourd'hui ? En racontant à qui veut l'entendre son histoire de "trader fou", la direction de la banque se tire une balle dans le pied et entache sa réputation de fiabilité et de rigueur. Elle risque de perdre le bien le plus important pour un établissement financier : la confiance de ses clients et de ses pairs. Le maintien de cette version est donc problématique et lourd de conséquences pour l'avenir de la banque... La Société Générale suivra t'elle la voie de la Barings absorbée par sa concurrente ING pour n'avoir pu éviter les fraudes de son désormais célèbre trader Nick Leeson ? Ou bien implosera t'elle aussi vite que le cabinet d'audit Arthur Andersen lors de la découverte du scandale Enron ?
Il y a fort à parier que les enquêtes exigées par les organismes de contrôle bancaire et le premier ministre risquent d'ébranler plus profondément la crédibilité de la Société Générale qui joue actuellement son indépendance. Dans l'attente des résultats des enquêtes en cours, je vous encourage à donner votre avis sur tout ou partie des points exposés afin de favoriser le débat et aider à y voir plus clair.

Michael ALBO est Directeur Financier, Executive MBA Paris-Dauphine & UQAM-Montreal

Dimanche 27 Janvier 2008
Michael ALBO
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1.Posté par Vigilance&Mobilisation le 27/01/2008 18:17
Merci pour la clairvoyance de Michael dans son analyse de la situation abracadabrantestque créée par la Direction de la SG. Pour ma part, je propose que tous ensemble nous puissions saluer dignement l'entrée de Daniel Bouton dans le club très VIP créé par Arnaud Lagardère (lors de la vente de ses actions EADS juste avant l’annonce des retards de livraison de l’A380) et qui a pour devise « entre être malhonnête et être incompétent, je préfère être incompétent ». Naturellement, Daniel Bouton et Arnaud Lagardère ont gardé « leurs économies » bien au chaud pendant que les petits actionnaires n’avaient plus que leur yeux pour pleurer sur les milliards envolés. Reste à savoir qui, parmi les grands patrons français, sera le prochain à se rendre digne de ce club de « milliardaires en pertes »… pour les actionnaires. Certains cyniques répondront : « que les affaires continuent… ».

2.Posté par armel35 le 27/01/2008 21:24
Merci Decideo et merci Michael: de tous les articles publiés depuis le début de cette sombre histoire, celui-ci, clair, impartial, est le plus pertinent.
Pour ceux qui ont déjà travaillé en salle, la version Bouton ressemble plutôt à un scénario "panic bouton"...
Sur que l'absence de réaction aux différents appels de marge pose la question ou de la compétence du middle et des controleurs ou plus simplement du fait que la Socgen a pu tolérer, à un niveau ou à un autre une situation de facto qu'elle connaîssait !
A-t-on simplement idée des appels de marge générés par une p.o. longue de 140.000 contrats future sur le dax ??? si lesdits appels, dans un marché baissier n'avaient pas été réglés, dès le lendemain les positions auraient été coupées, bien sur !
Qui a réglé ces appels de marge astronomiques à la SG ?
Certainement pas Kerviel !
Ah, cette chimère, ce serpent de mer du trader "fou" depuis Leeson, cauchemar de toutes les banques !
Et si l'on essayait, plus banalement, à travers cette histoire du lit vertical, histoire donc à dormir debout, de nous faire avaler des couleuvres ???

3.Posté par jb le 27/01/2008 21:27
En effet, cette fraude semble byzarre mais ne m étonne qu'à moitié. Parlez avec quelques personnes de la SG, qui travaillent en back et middle, et vous comprendrez rapidement le profond désintéret que manifestent ces personnes pour un travail sous payé et non valorisé. Plus grave, Les responsables back et middles semblent parfois voire souvent désarçonnés par des questions qui émanent des collaborateurs. Conclusion : aucune formation, turn over important. Y a t il un pilote dans l'avion. Régardez sur les sites d'emploi. La SG a des besoins continuels liés à quoi : croissance, turn over ??? Les procédures manquent cruellement dans ces services. Alors,même avec les meilleurs systèmes d'information, l'humain gardera toujours une place importante, meme primordiable. C'est pourquoi toutes ses structures ne peuvent pas se permettre des économies de formation. A entendre parler un de mes anciens collègues, je me disais qu'un jour il y aurait un gros soucis. Alors facile vous me direz de le dire maintenant......J'espère cependant que la SG se relèvera sans de gros dommages....

4.Posté par Raoul S. le 27/01/2008 22:10
Selon votre résumé, qui affirme reproduire les informations fournies par la direction de la banque, "les fraudes se [seraient] déroulées sur plus d'une année". Or les informations que j'ai pu lire font état d'un début des dérapages "courant 2007". Quelle est la source à votre disposition pour affirmer que c'est si tôt en 2007 ?

5.Posté par Michael ALBO le 27/01/2008 23:54
Bonjour Raoul,

Sur le point en question, je vous renvoie par exemple à l'article du Figaro publié le 25 Janvier intitulé "Société Générale : un an d'opérations litigieuses" (Auteur : Mathieu Delahousse).

Depuis la rédaction de mon article samedi, nous disposons de quelques éléments supplémentaires :
1/ La banque a confirmé que les positions de Jérôme Kerviel s'élevaient à 50 milliards d'euros soit la fourchette haute de l'estimation citée (40 à 50 milliards d'euros).
2/ Les transactions sont bien passées par un marché organisé. On parle d'Eurex pour les transactions sur l'indice DAX.
3/ Les avocats de Kerviel accusent maintenant la banque d'avoir voulu masquer des pertes encore plus importantes en faisant porter le chapeau à leur client. L'arroseur finira-t'il plus mouillé que l'arrosé ?

Comme dans les crash d'avions, la vérité sortira de la boîte noire. Dans notre cas, la boîte noire correspond à l'ensemble des flux de transactions électroniques échangés (ordres, confirmations, règlement/livraison, alimentation des systèmes d'évaluation des risques,...). Tout est archivé. Il suffit de consulter les systèmes pour que tout s'éclaire. Le justice devrait rapidement arriver à des résultats.

Concernant le principal accusé, compte tenu de l'emballement médiatique autour de sa personne, Jérôme Kerviel est paradoxalement plus en sécurité en garde à vue que chez lui.
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6.Posté par Claude le 28/01/2008 00:18
Oui, j'ai été auditeur informatique certifié CISA (ISACA), les principes de base du contrôle interne n'étaient pas manifestement en vigueur d'après les déclarations des uns et des autres. Pas de contrôle préventif, de détection et de correction. Le principe de séparation des tâches ?
Pourtant la SG était réputée sur la place de Paris pour ses services d'inspection. L'inspection est une technique de contrôle de nos jour dépassée. Il existe des formations excellente sur COSO, l'audit des SI à Dauphine je pense, en dehors des formations IFACI et de l'AFAI.

7.Posté par Michael ALBO le 28/01/2008 00:31
Bonsoir Philippe,

Je viens de m'apercevoir qu'un des tes annonceurs a installé une solution de gestion des risques à la SG.
"La Société Générale maîtrise ses risques grâce à l'utilisation d'Informatica PowerCenter 64-bit" http://www.decideo.fr/La-Societe-Generale-maitrise-ses-risques-grace-a-l-utilisation-d-Informatica-PowerCenter-64-bit_a1397.html

Leur avis serait intéressant sur ce sujet. Que pense-t'il de la situation ? Comment gère-t'il cette crise ?
Aprés Enron, aucun chef d'entreprise ne souhaitait avouer que ses comptes étaient audités par Arthur Andersen.
Aprés le scandale Kerviel, aucun éditeur de solution de gestion des risques ne voudra s'avouer fournisseur de la SG.
Si le massacre continue, je me demande si les éditeurs et les SSII vont conserver les fiches références SG sur leur site web ;-)
http://connivence.typepad.fr

8.Posté par Stefan le 28/01/2008 02:24
Michael,

Informatica est un logiciel d'alimentation de Datawarehouse / Datamart. C'est vrai que l'on peut implémenter des règles métier au passage , mais ceci est strictement défini par les fonctionnels qui doivent tenir compte ( normalement ) de la législation.

Mon opinion est que c'est pratiquement jamais la faute d'un logiciel , mais surtout de la façon de l'implémenter. Il est grand temps que la France se réveille pour réaliser que le Reporting en silos traditionnels est révolu et que la place doit revenir maintenant aux vrais logiciels de pilotage de la performance , pilotage et cartographie des process , et au vrai reporting dynamique & contextuel.

Et derrière ces erreurs , comme je disais dans un autre post , il y a toujours une "personne" , ou des "personnes". Un logiciel installé vide ne vaut rien. Faut définir un périmètre , spécifier , développer , tester , recetter.

Mettez un débutant au volant d'une mercedes , il ira quand même dans le mur.

Sourire : Pour limiter quand même la casse , on pourrait néanmoins se focaliser sur les fournisseurs de la SGIB? :-)

9.Posté par duret le 28/01/2008 10:28
Je n'entend rien à la technique bancaire !. Cependant, malgré tous les progrès de l'informatique je m 'apercois que les malfrats et les inconscienst ont encore de beaux jours devant eux ! Le veau d'or est toujour debout ! L'argent bien que depuis Vespasien, il n'ait toujours pas d'odeur, fait encore tourner la tête et la conscience de bien de nos grosses têtes ! Etonnez vous après cela que l'on brule des voitures et que l'on casse des vitrines ! ! ! !
Comment vas t'on s'en sortir ? Il est vrai que depuis longtemps nos compatriotes ont l'habitude d'avaler bien des couleuvres. Triste époque.

10.Posté par bern le 28/01/2008 11:01
Sincérement, cela me fait rire. ah ah ah ah uuummm

Avouer pour une banque
- qu'on n'est pas capable de gérer correctement ses sous, fabuleux non ?
- qu'on n'a pas mis en place les systèmes de vérification etc...

On traite de terroriste une personne qui aurait fait le 1/100 de ce qu'on lui reproche c'est de la diffamation : toutes les personnes travaillant dans les salles de marché devrait porter plainte

On incrimine ce monsieur du front office : c'est faire de lui un génie.

Rendez vous compte
- avoir accès à tout,
- déjouer les contrôles humains, informatiques,
- modifier les fichiers, hacker les programmes,
- cacher les informations générées en interne, celles venant de l'extérieur de la DAX par exemple
tout ça en faisant semblant de travailler pour que les autres ne comprennent pas.

Mesdames, Messieurs on nous prends pour des billes !

Ils n'auraient pas paniquer à la passerelle de commandement des fois ?
Vous savez les "subprime", la clôture du bilan de fin d'année, etc...

11.Posté par Michael ALBO le 28/01/2008 12:30
Bonjour Stefan,

Je suis entièrement d'accord avec toi. Un logiciel aussi bon soit-il ne donnera aucun résultat s'il n'est pas correctement paramétré ou utilisé. C'était justement mon métier pendant quelques années.

Je m'étonne toutefois que la banque maintienne sa position quant à la
technique de fraude, voilà ce qu'elle affirmait encore hier soir : "Le trader a introduit au sein du portefeuille B des opérations fictives, afin de laisser croire que ce portefeuille venait bien compenser le portefeuille A qu'il avait acheté, alors qu'il n'en était rien. Les opérations fictives étaient enregistrées dans les systèmes de Société Générale mais ne correspondaient à aucune réalité."

Toute personne ayant travaillé dans une salle des marchés sait que ce type de
fraude est impossible à dissumuler sauf en cas de défaillances majeures des
systèmes de contrôle. Je ne comprend pas pourquoi ils persistent à
s'enfoncer... Qui les conseille ???

La thèse de la défaillance pourait toutefois être avérée car toute la ligne hiérarchique de la salle a été licenciée, ce qui est assez exceptionnel et qui tend à prouver que la faute ne repose pas sur les seules épaules de Kerviel. Jérôme Kerviel s'est rendu de lui-même au pôle financier pour être entendu et c'est la meilleure chose qu'il pouvait faire. Je continue de penser que, même si ce garçon a franchi la ligne jaune, il n'est qu'un pion que l'on veut sacrifier. De son côté, Daniel Bouton, qui avait qualifié jeudi son trader de "terroriste", assure toujours que Kerviel est le seul responsable.
J'ai vraiment hâte d'entendre les conclusions des magistrats du pôle financier...
http://connivence.typepad.fr

12.Posté par Jérôme (he oui ....je n'y peux rien ) le 28/01/2008 17:31
Bonjour Michael ,

Ce qui m'ennuie dans cette affaire , c'est que si les "techniques" JK , exploitant les failles du système de contôle interne de la SOCGEN , existent depuis plusieurs mois ou années (on parle de 2005 maintenant) , cela veut dire :

-Que potentiellement d'autres traders de la SOCGEN l'utilisent également au nez et à la barbe de tous.

-Que les supers résultats enregistrés par la SOCGEN ces derniers trimestres et dernières années , sont plus que discutables , car obtenus via des techniques qui ne respectent ou ne respectaient plus les ratios de solvabilité de cette banque (vis à vis des fonds propres) ...
Pour illustrer , j'ai 100 de fonds propres à la banque A, de même que la banque voisine B qui en a aussi 100 ; Les règles et ratios internationaux ne me permettent pas d'investir ou d'être exposé , par exemple , à plus de 50 ;
La Banque A investit 1000 , via les techniques JK (bien que les ratios lui imposent un maximun de 50) , alors que la banque B respecte les ratios et n'investit que 50 ;
Tout se passe bien pour les 2 banques , la rentabilité est de 10% pour ces 2 banques.
La banque A dégage 100 de bénéfice , alors que la banque B dégage 5 de bénéfice.
La banque A est saluée par toute la communauté financière comme étant une affaire exceptionnelle , dégageant une rentabilité fabuleuse sur fonds propres , le patron est mis en lumière , il empoche un gras pactole ... Bien sur le patron ne sait rien des agissement internes , ce sont ses propres traders qui sont des champions , tous les autres (surtout ceux de la banque B) ne sont que des apprentis !!!

L'arroseur arrosé ... quand tout va bien , on ferme les yeux , quand tout va mal , on porte plainte ...

13.Posté par astoury le 28/01/2008 17:46
attention autre arnaque à la SG

> J'ai été victime d'une ARNAQUE devant le siège de la SG (attention d'après certains c'est aussi dans toute la région Parisienne),
> je vous en informe pour que vous ne vous fassiez pas avoir comme moi.
>
> Voici comment cela fonctionne : deux superbes jeunes filles vous abordent alors que vous rangez vos courses dans le coffre de votre voiture.
> Elles commencent par frotter votre pare-brise avec une éponge et un produit pour les vitres, leur poitrine sortant littéralement de leur chemisier trop serré.
>
> Il est presque impossible de ne pas y prêter attention.
>
> Alors que vous les remerciez et leur offrez un pourboire, elles le refusent et vous demandent de les conduire dans une autre banque
> Si vous acceptez, elles montent à l'arrière de votre voiture. En chemin, elles commencent à se déshabiller et à faire l'amour. L'une d'elles passe ensuite sur le siège passager et vous fait une fellation pendant que l'autre .... vole votre pack d'EVIAN !
>
> Soyez donc extrêmement vigilant! Ceci pourrait aussi vous arriver! On m'a ainsi volé un pack d'eau vendredi dernier, un autre samedi, deux fois dimanche, encore une fois lundi et à nouveau ce matin et j'y retourne demain.....

14.Posté par Philippe NIEUWBOURG le 28/01/2008 20:03
Grace à son article ci-dessus, Michael Albo a été repéré par la grande presse ! Il est maintenant cité comme expert dans le quotidien 20 minutes !
http://www.20minutes.fr/article/209232/France-Pourquoi-l-affaire-de-la-Societe-generale-suscite-t-elle-le-scepticisme.php

15.Posté par Decrauze le 28/01/2008 23:17
Pas que le frénétique Président qui sait adroitement nourrir les médias.

L’image irrésistible de la propagande commerciale de la Société générale, c’est le gentil pouce qui, en toute occasion, fait le geste souteneur, voire salvateur. A l’époque, découvrant le nouveau symbole de l’établissement financier, mon esprit mal placé a immédiatement dérapé : pas besoin d’un grand écart pour que le coup de pouce se transmue en doigt mal placé.

cf. http://pamphletaire.blogspot.com/

http://pamphletaire.blogspot.com

16.Posté par Michael ALBO le 28/01/2008 23:20
Philippe,

C'est la preuve que le journalisme citoyen mène (parfois rapidement) à la presse papier. C'est grâce à Decideo et DAF.info que la journaliste de 20 minutes m'a identifié et a été intéressée par les questions posées par cet article à un moment donné de l'affaire de la fraude SG.
Pour ma part, je ne crois pas qu'il y ait encore beaucoup de différences entre un webzine de qualité et un quotidien papier. Le web, c'est de l'intelligence en réseau. Decideo, Le Monde, 20 minutes ou un blog perso sont des noeuds de ce réseau. A chacun de choisir le noeud de son choix pour consulter ou publier de l'information selon son exigence du moment et ses goûts. Au final, tous ces noeuds sont accessibles en 1 clic grâce à un moteur comme Google. Toi-même, mon cher Philippe, tu es potentiellement aussi puissant qu'un patron de presse par ta capacité à mobiliser des experts et influencer l'opinion par tes analyses et le poids de tes communautés.
Pour finir, je crois que l'affaire SG va connaître encore beaucoup de rebondissements. Nous avons déjà une affaire dans l'affaire avec la découvert d'un "potentiel" délit d'initié. Il est fort probable que d'autres langues se délient dans les prochains jours parmi les contreparties, les places ou les collègues de Kerviel. D'autres journalistes "citoyens" auront certainement l'occasion de briller par leurs analyses et leurs questions.
http://connivence.typepad.fr

17.Posté par jlaula le 30/01/2008 12:17
Comme vous avez pu l apprendre si vous avez lu la presse specialisée anglo saxonne ( la seule malheureusement crédible danscette affaire car les journalistes francais, meme ceux des Echos ou de la Tribune, sont manifestement dépassés ) la faille se situe au nivau des contrats de gré a gré. Il y a donc certainement négligence de la part de la hiérachie directe de cet arbitragiste car les gré a gré sont extrements surveillés voire interdits dans beaucoup d établissements. En revanche le piratage du systeme informatique permettant de créer des conrtrats fictifs de gré a gré était difficilement décelable. Le jeune arbitragiste (une activité considérée comme peu risquée et a faible marge) n' a pris des positions réellement importantes que dans les quelques jours qui ont précédé la decouverte d'un faux document soi disant attribuée à une contrepartie. Mais il aurait été de toute facon démasqué quelques jours plus tard ces positions engendrant des pertes importantes qui n auraient pu etre couvertes parles contreparties fictives des faux contrats de gré a gré.
Bien a vous

18.Posté par Patrick De Freine le 30/01/2008 14:50
Merci à Michael Albo pour ces informations. Ayant découvert cette semaine sur M6 le film (m'ayant paru sérieux) retraçant la chute de la Barings, j'ai le sentiment que 10 ans et Basel II plus tard, pas grand chose n'a changé : le trader et sa hiérarchie sont toujours aussi mal contrôlés tant qu'ils génèrent des profits. C'est effrayant. Surtout finalement pour tous les "petits" clients de la Socgen qui ne semblent plus vraiment participer au profit ou aux pertes astronomiques de leur "fournisseur". Entre banque de détail et banque privée, rien ne va plus : impairs et manques...

19.Posté par David Coerchon le 01/02/2008 16:51
@ljaula
Si il y a eu contreparties fictives sur des contrats de gré à gré, cela ne signifie t'il pas que le prix de ces contreparties a été décaissé et payé par la SG. Cela pourrait servir de support aux plaintes pour détournement.

Concernant le fond de l'affaire, les sommes paraissent colossales, et un peu hors de portée pour les simples terriens que nous sommes.

En tout état de cause, cela montre que les outils décisionnels n'évitent pas le crash, mais permettent peut etre parfois de l'éviter ou d'en tirer les leçons, que les clefs du succès sont la fiabilité, des données et les qualités des opérateurs.
C'est donc pour nous une leçon d'humilité quant à notre métier, et à notre contribution dans l'entreprise !

20.Posté par Ali Belcaid le 07/02/2008 13:41
Réagissant au mail de Patrick de Freine, les règles prudentielles de Bâle II et les données qui peuvent en découler à analyser (Corep, reporting interne, ...) ne sont que la constation d'une situation à un un instant donné et ne peuvent en aucune manière déceler des comportements suspects et encore moins comme outil de contrôle temps réel. Aujourd'hui l'offre en termes d'outils et concepts est assez mature en ce qui concerne le BAM (business activity monitoring) ou encore CEP (complex event processing) qui peuvent monitorer les activités en temps réel et pouvoir même déceler des comportements inhabituels. Cette réalité est ce qui en découle tend vers la convergence du BPM et de la BI. Toute entreprise qui n'a pas compris et assimilé ce trend aura du souci à se faire qu'on à sa survie.
Un autre point me parait très important, au delà des outils et concepts, c'est la gouvernance de l'information. Celle-ci doit faire l'objet d'une organisation transverse et se doit d'être définie comme un élément fondamentale de la stratégie de l'entreprise. elle se doit d'être controlée, monitorée, évaluée et éventuellement améliorée. Force est de constater que ce n'est malheuresement pas le cas aujourd'hui dans de nombreuses entreprises du monde financier.

21.Posté par @hm@L le 14/02/2008 23:12
Merci de cette article tres interessant, mais je me pose une question
La Générale est une societe anonyme donc elle est soumise au controle d'audit legale? une des premieres missions de l'auditeur legale est d'analyser le controle interne de la societe auditée....
donc est ce que quelqu'un connait le nom du cabinet d'audit qui a certifié la qualité du controle interne?
esperons pour ce cabinet d'audit qu'il ne terminera pas comme le celebre Cabinet Andersen

J'attend vos reponses

22.Posté par hind le 17/02/2008 12:12
slt et merci pour ces articles très interessants;
par rapport au volet audit interne de la SG, peut on trouver une liason avec de qui s'est passé et le rapport de coso II?

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